• 15-Le reniement

    Je ne voulais pas passer pour une folle ou une illuminée. Personne n'a envie de se sentir a-normal, et pour se fondre dans la masse, ne pas être différent des autres, on est prêt à rejeter toute pensée ou toute forme de perception qui nous différencie de la pensée dominante.

    Je m'efforçais de ne plus penser à Henri, tout en me disant in petto, que sa mort ne m'avait pas bouleversée autant qu'on voulait me le faire croire afin de donner une explication rationnelle à mes "hallucinations"!

    Pour me conformer à la pensée rationnelle de la normalité et de la notion du réel, je pris le cachet de somnifère le soir même, avec la ferme intention " d'oublier tout ça", selon le conseil que le curé et le médecin m'avaient donné: c'étaient eux qui étaient censés savoir, et qui incarnaient la psyché collective:

    "car l'identification avec la psychée collective, confère un sentiment de valeur générale et quasi universelle, qui conduit à ne pas voir la psyché personnelle différente...et qui équivaut à étouffer l'individu, ce qui détruit au sein d'un groupe le facteur de différenciation...

    Le nivellement et finalement la décomposition de la personnalité individuelle déterminent en chacun de nous une *perte de l'âme*"  CG jung

    Malgré le somnifère, je fus réveillée une fois de plus à deux heures du matin par un grand coup tapé dans mon armoire. Encore dans les brumes du sommeil, je m'adressai à Henri pour lui répéter ce que la médium m'avait dit, sans me poser plus de questions: quand le mystère est trop grand...

    - Vous ne devez pas rester ici, vous devez vous élever,

    Deux coups forts et rapides sur mon armoire me répondirent

    - J'ai fait tout ce que la médium m'avait dit et je ne veux plus penser à vous, allez-vous en! je ne sais pas ce que je peux faire de plus pour que vous ne restiez pas là!

    Je tentai de me rendormir, mais mon corps s'alourdit et je ressentis les mêmes malaises que chaque fois qu'il voulait se manifester. Prise de panique, je réagis aussitôt pour l'en empêcher:

    - Non! je ne veux pas que vous me fassiez ça, ça me fait peur! ne restez pas là, il faut vous en aller au ciel! Laissez-moi dormir, je réfléchirai à tout ça plus tard! laissez-moi le temps...

    Je nageais dans le mystère et l'irrationnel, mais je refusais d'intégrer à ma raison, la réalité de la présence invisible d'Henri. Je voulais bien croire qu'il était vivant quelque part, mais nous ne vivions pas dans le même univers et je ne voulais pas savoir ni d'où il venait, ni ce qu'il faisait là.

    Abrutie par le cachet, je me rendormis assez vite. Mais à cinq heures du matin, je fus réveillée par ma radio qui s'était allumée toute seule, sans système de programmation préalable, au moment où passait une émission religieuse, et j'eus la surprise d'entendre le prédicateur qui disait, comme s'il répondait à mes paroles:

    -" Pourquoi attendre, il ne faut pas dire que c'est trop tard, il ne faut pas dire que c'est trop tôt, c'est aujourd'hui qu'il faut laisser entrer Dieu en vous. Dites avec moi: Seigneur venez en moi!"

    Je retournai voir le prêtre pour lui raconter ce qui s'était passé, et je lui dis que je pensais qu'Henri voulait que je retourne à la messe du dimanche. Il y avait longtemps que je n'étais pas allée à l'église, et il me conseilla de revenir le voir une heure avant la messe pour me confesser afin de pouvoir communier.

    Le samedi soir je pris mon petit missel pour relire les prières de la confession que j'avais quelque peu oubliées. J'ouvris mon missel au hasard et je tombais sur la parabole où Jésus compare le Royaume des cieux à un banquet: le maître de maison invite ses amis, mais ils trouvent tous une excuse pour ne pas venir...

    Puis je lus une autre page qui se terminait par ces paroles:

    - "Luttez pour entrer par la porte étroite parce que, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et n'y parviendront pas".

    Le lendemain matin, après la confession, je parlai au prête de mes lectures de la veille en lui posant des questions sur le sens des paroles de Jésus. Il me demanda à quelle heure j'avais lu ces pages d'évangile. Je lui répondis que j'avais ouvert mon missel vers 21h. Il resta songeur un instant et me dit:

    - c'est l'heure où je préparais mon sermon! je ne répondrai pas à vos questions maintenant, vous allez comprendre pourquoi tout à l'heure.

    En effet, au moment où il lut l’Évangile et le commenta pendant son sermon, il avait choisi les deux textes que j'avais lus la veille!

    A la sortie de la messe, il se plaçait dans l'entrée de l'église et saluait tous les gens qui sortaient. Au moment où je passai la porte, je voulus lui en parler, mais il me coupa la parole en me disant:

    - je sais ce que vous allez me dire, mais ce n'est qu'une coïncidence!

    " Bien qu'il eut fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, pour que la parole qu'avait dite Isaïe le prophète, s'accomplit:

              Il a aveuglé leurs yeux et endurci  leurs coeurs

              pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux

              et ne comprennent pas avec leur coeur et ne reviennent pas

              Pourtant je les aurais guéris!

    Isaïe a dit cela parce qu'il a vu sa gloire et qu'il a parlé de Lui.

    Cependant beaucoup crurent en lui, mais à cause des pharisiens ils ne se déclarèrent pas, de peur d'être exclus de la synagogue, car ils préférèrent la gloire des hommes à la gloire de Dieu" Jean 12-37 à 12-43 

    Ce sont les mêmes propos que ceux de CG Jung mais dans un autre vocabulaire: de peur d'être exclu du groupe social auquel on appartient, on préfère renier le Soi.

    C'est la même peur de s'opposer au groupe social qui motive aussi la démarche de l'apôtre Pierre au moment où il renie Jésus.

    "C'est toujours cette expérience vieille comme Adam et Eve: une donnée psychique objective, étrangère, insurmontable a pénétré, tel un bloc inébranlable au sein de notre domination arbitraire. Il nous arrive la même mésaventure qu'au Proktophantasmiste dans le Faust:

              Vous voilà toujours là! Non, c'est inouï!

              Disparaissez donc, nous sommes au siècle des lumières!

              Cette racaille diabolique ne s'inquiète d'aucune règle!

              Nous sommes si raisonnables, et pourtant on voit des revenants à Tegel." CG Jung

    Quand je me couchai ce soir là,  au moment où j'étais encore dans un état de somnolence et tandis que je laissais passer des images devant mes yeux sans en prendre conscience, mes rêves s'estompèrent tout d'un coup, le vide se fit dans ma tête, et sous mes paupières tout devint noir. Au fond de cette nuit, un point lumineux apparut, s'élargissant peu à peu en se rapprochant. Je vis alors Henri tel que je l'avais connu, mais en soutane blanche, et derrière lui une foule de gens vêtus de blanc, tous semblaient transfigurés avec un sourire de béatitude.

    Lorsque la vision disparut, je pensai qu'il me montrait qu'il partait "au ciel" où il devait aller, mais le lendemain matin, je doutais encore, en me demandant si j'avais rêvé. En ouvrant mon missel au hasard, je tombai exactement sur les paroles de Jésus:

    " Incrédules que vous êtes, vous faudra-t-il toujours des miracles pour croire en moi?

    Quand il y a trop de coïncidences, ce ne sont plus des coïncidences!

     

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